Transistors (BJT, MOSFET)
Le transistor (le bipolaire se dit BJT, bipolar junction transistor) est le composant qui a fait sortir l'électronique des laboratoires : trois pattes, quelques centimes, et la capacité de faire obéir 50 mA à 0,5 mA. Robinet de courant et interrupteur sans usure à la fois. Cette page couvre le NPN et le PNP — principe, régimes, commande depuis une broche de microcontrôleur — et les deux pièges qui cassent le plus de montages débutants : le gain hFE mal lu, la diode de roue libre oubliée.
1. C'est quoi ?
Un transistor bipolaire est un cristal de semi-conducteur (deux couches dopées N encadrant une couche P, ou l'inverse) à trois pattes : la base (B), le collecteur (C) et l'émetteur (E). Dans un NPN, un petit courant entrant dans la base en laisse passer 50 à 300 fois plus entre collecteur et émetteur ; dans un PNP, tout marche à l'envers, polarités incluses. Vocabulaire anglais tel quel dans les datasheets : base, collector, emitter, gain (hFE), saturation, cutoff.
L'image juste est celle du robinet : la base est la poignée, qu'on tourne à peine ; le tuyau, le chemin collecteur-émetteur, traversé par un courant qui vient de l'alimentation, pas de la poignée. La broche d'un microcontrôleur commande la poignée en microampères ; les ampères arrivent du rail 12 V par le collecteur. Télécommande de courant sans contact mobile, à deux métiers :
- en commutateur (interrupteur) : conduit à fond ou pas du tout, au rythme des commandes — une broche 3,3 V allume une LED de puissance, un relais, un moteur, un buzzer ;
- en amplificateur : il reste en zone intermédiaire et multiplie les variations d'un signal faible, cent fois, mille fois (les étages de toutes les radios avant l'ampli op).
On le croise en plastique TO-92 à tête demi-cylindrique (BC547, 2N3904), en TO-126 ou TO-220 à ailette (BD139, 2N3055), et en CMS. Avant l'ère des microcontrôleurs, il occupait toutes les cases du schéma ; il reste l'interface obligée entre une broche fragile et le monde des bobines et moteurs.
2. Comment ça marche ?
Un bipolaire, c'est deux jonctions PN en série : « émetteur N, base P, collecteur N » pour un NPN — l'inverse pour un PNP. La jonction base-émetteur conduit comme une diode, chute de 0,6 à 0,7 V : la fameuse Vbe. La jonction base-collecteur, en sens inverse, ne conduit pratiquement rien. Montage NPN courant : collecteur en haut vers le plus, émetteur à la masse, base à gauche du schéma.
Ic = hFE × IbCôté commande, la base ne monte jamais au-delà de Vbe : la résistance de base voit « la
tension de commande moins 0,7 V ». Depuis une broche 3,3 V et Rb = 4,7 kΩ, elle reçoit
(3,3 − 0,7)/0,0047 ≈ 0,55 mA. La loi d'Ohm fixe Ib ; Ie vaut Ib plus Ic, évacué par
l'émetteur.
Trois régimes résument l'usage pratique du composant :
- Bloqué (cutoff) : aucun courant de base. Ic = 0, Vce = Vcc. Interrupteur ouvert.
- Linéaire (zone active) : courant de base faible mais réel, hFE fois plus au collecteur sans se limiter, Vce au-dessus de Vce(sat) — la zone de l'amplification.
- Saturé : trop de courant de base pour le circuit extérieur ; le collecteur tombe au plancher (Vce(sat) = 0,1 à 0,2 V en petits signaux) et Ic se fixe à la loi d'Ohm du circuit :
Ic max = Vcc / RcCe plafond est la droite de charge, dessinée en direct par le simulateur de la section 4. Le gain hFE appelle la méfiance qu'aucun autre paramètre ne mérite : les datasheets donnent une fourchette, jamais une valeur — le BC547 court de 110 à 800 selon son groupe, et une pièce varie de moitié avec la température. Règle : dimensionner sur le minimum garanti ; en commutation, forcer même Ic/Ib de 10 à 20.
3. Dans le vrai monde

Quatre paramètres commandent le choix — Vceo, Ic max continu, gain hFE, dissipation Ptot — et trois références couvrent l'essentiel pour moins d'un demi-euro pièce depuis quarante ans :
| Référence | Boîtier | Vceo | Ic max | hFE | Prix indicatif |
|---|---|---|---|---|---|
| BC547 | TO-92 | 45 V | 100 mA | 110 à 800 (3 groupes A, B, C) | 0,05-0,10 euro |
| 2N3904 | TO-92 | 40 V | 200 mA | 100 à 300 | 0,05-0,15 euro |
| BD139 | TO-126 | 80 V | 1,5 A | 40 à 160 | 0,20-0,45 euro |
Chaque référence a son jumeau PNP symétrique : BC557, 2N3906, BD140 — émetteur vers le plus, collecteur vers la charge, base commandée en tirant vers le bas. Les montages à microcontrôleur restent dominés par le NPN : côté masse, logique « broche haute = allumé ». Piège du brochage : face plate vers soi et pattes vers le bas, le BC547 se lit C-B-E, le 2N3904 E-B-C. Un test multimètre des jonctions (B-E et B-C montrent chacune une diode d'environ 0,6 V) évite un composant monté à l'envers.
Face à son rival, le MOSFET — un étage du dessous de l'iceberg —, le choix d'un concepteur se résume ainsi :
| Critère | Bipolaire (BJT) | MOSFET |
|---|---|---|
| Commande | un courant continu dans la base (µA à mA) | une tension de grille, courant quasi nul |
| À l'état passant | chute Vce(sat) de 0,1 à 0,5 V, quasi fixe | résistance Rds(on), milliohms pour les gros modèles |
| Fragilité | tolère les petites surcharges | grille fragile à l'électricité statique et aux dépassements de Vgs |
| Usage type | driver de relais, étages d'amplification audio | commande de puissance, commutation rapide (LED, moteurs, convertisseurs) |
Les datasheets de ces familles servent de leçon de lecture des quatre paramètres — Vceo, Ic max, hFE par groupe, Vce(sat), dissipation. En CMS (SOT-23), brochage différent à chaque famille : datasheet obligatoire.
4. Exemple pratique
Le montage : commander un relais depuis une broche
La scène type : microcontrôleur 3,3 V, une broche de sortie, une bobine de relais 12 V à 50 mA — jamais depuis la broche. Le montage tient en trois pièces : la résistance de base Rb entre broche et base ; le NPN, collecteur en haut, bobine entre le rail 12 V et le collecteur ; la diode de roue libre en parallèle sur la bobine. Sans elle, à l'ouverture, l'énergie de la self monterait le collecteur à des dizaines de volts — transistor mort (rappel dans diodes).
Transistor linéaire : Ic = 3,75 mA — Vce = 10,2 V — P = 38,4 mW. La broche de commande ne fournit que Ib = 25 µA.
Ic demandé en zone linéaire = hFE × Ib = 3,75 mA ; plafonné par la droite de charge : Ic max = Vcc/Rc = 25,5 mA.
Vcc = 12 V. Modèle simplifié : Vbe = 0,7 V à la commande, Vce(sat) = 0,1 V en saturation, hFE constant — en réalité, tout cela varie d'une pièce à l'autre.
Exercice résolu — un relais 12 V de 50 mA piloté par une broche 3,3 V
Bobine : 12 V, 50 mA. Broche de commande : 3,3 V, au plus 20 mA. Choisir Rb et le transistor.
- Courant visé : Ic = 50 mA, la bobine — jamais par la broche.
- Pire cas du gain — la hFE minimale garantie, 100 — donne
Ib = Ic / hFE ≈ 0,5 mA, tout ce que la broche fournira, 40 fois sous sa limite. - Résistance de base : la broche pousse 3,3 V moins Vbe (0,7 V) dans Rb :
Rb = (3,3 − 0,7) / 0,0005 ≈ 5,2 kΩ. - Valeur commerciale : 4,7 kΩ (série E12, sous le calcul) donne
Ib = 2,6 / 0,0047 ≈ 0,55 mA, marge dans le bon sens ; 5,6 kΩ donnerait 0,46 mA, sous le besoin : risque de non-saturation sur une pièce médiocre. - Choix du transistor : Ic max au moins double (100 mA), hFE min garantie au moins 100, Vceo avec marge. Le 2N3904 coche tout (200 mA, hFE min 100, 40 V) ; au-delà de 100 mA : BD139 (1,5 A), Darlington (hFE de l'ordre de 1000) ou MOSFET.
- Échauffement : en saturation,
P = Vce(sat) × Ic ≈ 0,1 × 0,05 = 5 mW, glacé — ne chauffe que planté entre deux zones.
Exercice résolu — étage à émetteur commun : polarisation et gain maximal
Montage : Vcc = 12 V ; pont de base R1 = 100 kΩ (vers le plus), R2 = 22 kΩ (vers la masse) ; Re = 1 kΩ ; Rc = 4,7 kΩ ; transistor BC547B. Point de repos et gain maximal :
- Tension de base par le pont (son courant, 100 µA, reste dix fois le courant de
base) :
Vb = 12 × 22 / (100 + 22) ≈ 2,2 V. - Courant d'émetteur : la jonction B-E prend 0,7 V, donc
Ve = 1,5 VpuisIe = 1,5 mA ≈ Ic. - Point de repos : chute dans Rc ≈ 7,1 V, donc
Vc ≈ 4,9 VetVce ≈ 3,4 V— pleine zone linéaire, au milieu de l'échelle. - Gain maximal (Re découplée par un condensateur) : résistance dynamique de la
jonction
re ≈ 26 mV / 1,5 mA ≈ 18 Ω, doncAv ≈ − Rc / re ≈ − 260. - Sans découplage,
Av ≈ − Rc / (Re + re) ≈ − 4,7: moins de gain, plus de stabilité — le compromis des amplis réels.
Ce même étage, complété de ses condensateurs de liaison, a fait tourner des millions de radios avant l'ère des circuits intégrés.
5. Vérifier sa compréhension
Réfléchissez avant de dérouler les réponses.
- Une broche limite son courant à 20 mA : comment peut-elle commander une bobine de 50 mA, et pourquoi le transistor est fait pour cela ?
- Le testeur affiche hFE = 400 sur un BC547 : quelle valeur sert au calcul de Rb, et pourquoi ?
- Le transistor commute entre deux régimes extrêmes : lesquels, que valent Vce et Ic dans chacun ?
- Le relais tient des semaines ; le transistor meurt à la coupure, jamais à l'allumage : quelle pièce manque, que se passe-t-il ?
- Face au MOSFET — le bipolaire exige en plus le courant de base permanent — dans quel cas ce dernier s'impose-t-il ?
6. Pour aller plus loin
- IEC 60747-7 — « Dispositifs à semi-conducteurs — Partie 7 : transistors bipolaires » : paramètres et classes normalisés, chez l'IEC.
- Datasheet BC547 (Nexperia, héritière des feuilles Philips) : hFE par groupe A/B/C, Vce(sat), sur nexperia.com.
- Datasheet 2N3904 (onsemi, successeur de Fairchild) : la référence du généraliste américain, sur onsemi.com.
- Toshiba Semiconductor — notes d'application d'initiation (What is a Transistor?), sur toshiba.semicon-storage.com.
- Horowitz, Hill — The Art of Electronics, 3e éd. (Cambridge University Press) : polarisation, émetteur commun, Darlington.
Prochaine leçon dans la descente : Bobines (inductances) (couche 3)