Iceberg Électronique
Couche 2RESISTORS~15 min de lecture

Résistances

La résistance (en anglais resistor) est le composant le plus banal de l'électronique : chaque carte en porte des dizaines, l'unité coûte des centimes, et rien ne fonctionnerait sans elle. Elle sait trois choses — limiter un courant, diviser une tension, transformer de l'électricité en chaleur — et cette page tient dans ces trois gestes : pourquoi il n'existe pas de 5 kΩ standard, comment quatre bandes de peinture se lisent comme un nombre, et combien de watts un petit cylindre beige supporte.

1. C'est quoi ?

Une résistance est un composant passif à deux bornes qui oppose une résistance — une grandeur R mesurée en ohms (Ω) — au courant. La relation qui la décrit, c'est la loi d'Ohm, déjà croisée à la couche 1 avec les ampoules à incandescence, dont le filament de tungstène est d'ailleurs une résistance géante. En anglais, le composant se dit resistor et la grandeur resistance ; en français les deux mots se confondent — ici, nous parlons du composant.

Ses trois fonctions couvrent l'essentiel de l'électronique discrète :

  • limiter le courant : posée en série avec une LED, elle fixe les milliampères que la diode peut aspirer ; sur la commande d'un transistor, le courant d'entrée ;
  • diviser la tension : deux résistances en série créent un potentiel intermédiaire réglable au choix des valeurs — le pont diviseur, que déclinent pull-up, pull-down et ponts de mesure de toutes les cartes ;
  • dissiper en chaleur : parfois c'est le but (le serpentin du grille-pain), parfois le prix à payer pour maîtriser un courant — cette puissance commande la taille du composant.

Physiquement : un matériau résistif dans une géométrie précise — film de carbone ou d'alliage métallique sur un bâtonnet céramique (à couche), fil de nickel-chrome enroulé (bobiné) — plus deux fils et une peinture. Le composant est symétrique, sans sens de branchement, contrairement aux diodes et condensateurs polarisés ; sa seule façon de se tromper est de se faire lire de travers, on y viendra.

On la croise partout sans la voir : les pastilles noires qui mosaïquent une carte mère sont des CMS ; dans un chargeur, deux résistances annoncent la tension convenue au téléphone ; sur une LED de veille, une 470 Ω la fait briller sans la griller ; dans le grille-pain, le serpentin rougeoie à 800 W. Une carte moyenne en contient 30 à 100 : le sable de l'électronique.

2. Comment ça marche ?

Toute la valeur s'écrit dans la matière : la résistivité ρ du matériau, la longueur L du chemin imposé au courant, la section S qu'il y trouve.

R = ρ × L / S
Doubler la longueur du film double la valeur ; doubler sa largeur la divise par deux.

Côté comportement, tout se résume à une droite : tension appliquée et courant résultant sont strictement proportionnels.

U = R × I
Loi d'Ohm — posée à la couche 1.
SchémaSymbole et caractéristique
symbole CEIRsymbole USU (V)I (A)pente = 1 / R
À gauche, le rectangle de la CEI et le zigzag américain. À droite, la droite idéale : sa pente vaut l'inverse de R.

Le revers est thermique : le courant traversant dissipe en chaleur une puissance proportionnelle à son carré.

P = R × I²
Doubler le courant quadruple l'échauffement ; P = U²/R sert quand la tension est connue.

Le cylindre à broches standard dissipe 0,25 W — d'où son surnom de quart de watt ; les céramiques nervurées montent à 5 W, les blocs cimentés à 10 et 20 W. Sous-dimensionner, c'est cuire : une 1 Ω traversée par 5 A exigerait 25 W.

Aucune valeur n'est exacte : un film carbone de 5 % marqué 100 Ω peut mesurer entre 95 et 105 Ω. Cette tolérance façonne la liste des valeurs : douze par décade, chacune multipliant la précédente par 10 à la puissance 1/12 (environ 1,21), recouvrent la gamme en 10 % — les plages se jouxtent : c'est la série E12, et il n'existe pas de 5,0 Ω standard entre le 4,7 et le 5,6.

PasValeur de base (Ω)
110
212
315
418
522
627
733
839
947
1056
1168
1282

Chaque ligne se décline par 0,1 puis 10, 100, 1 000 : 47 donne 470 Ω, 4,7 kΩ, 47 kΩ. La série E24 (5 %) ajoute les valeurs intermédiaires 11, 13, 16, 20, 24, 30, 36, 43, 51, 62, 75, 91 ; les CMS à 1 % montent jusqu'à l'E96.

Sur les broches, la valeur se peint : quatre bandes, lues après avoir posé la bande de tolérance à droite — le repère, souvent doré et écarté du groupe. Bande 1 : dizaines. Bande 2 : unités. Bande 3 : multiplicateur (les zéros). Bande 4 : tolérance.

CouleurChiffreMultiplicateurTolérance
Noir0×1—
Marron1×10±1 %
Rouge2×100±2 %
Orange3×1 k—
Jaune4×10 k—
Vert5×100 k±0,5 %
Bleu6×1 M±0,25 %
Violet7×10 M±0,1 %
Gris8×100 M±0,05 %
Blanc9×1 G—
Or—×0,1 Ω±5 %
Argent—×0,01 Ω±10 %

Exemple : jaune, violet, rouge, or — 4 et 7, puis ×100 : 4 700 Ω, soit 4,7 kΩ ± 5 %, donc de 4 465 Ω à 4 935 Ω. Les précisions à 1 % passent à cinq bandes.

Les CMS se lisent en chiffres : « 472 » signifie 47 × 10², soit 4,7 kΩ ; la lettre R tient lieu de virgule : « 4R7 » vaut 4,7 Ω, « R22 » vaut 0,22 Ω. Attention au glissement : « 220 » vaut 22 Ω, « 221 » vaut 220 Ω, et « 103 » vaut 10 kΩ.

Enfin, les assemblages : en série les valeurs s'additionnent et le même courant traverse chacune ; en parallèle, la valeur résultante tombe sous la plus petite.

Req = R1 + R2 + R3
En série, les valeurs s'ajoutent.
Req = (R1 × R2) / (R1 + R2)
Produit sur somme ; n résistances identiques : Req vaut R/n.

Deux 470 Ω en parallèle font 235 Ω ; 100 Ω plus 47 Ω en série font 147 Ω : quand la valeur manque au tiroir, on la synthétise. Deux 10 kΩ quart de watt en série forment aussi un 20 kΩ qui avale un demi-watt.

3. Dans le vrai monde

Six résistances à broches de valeurs différentes, marquées au code couleur
Six résistances de valeurs et précisions différentes, marquées au code couleur. Photo : Andreas Frank, licence CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.

Sur les broches, le commerce couvre E12/E24 de 1 Ω à 10 MΩ, le quart de watt dominant les rayons ; les CMS suivent l'E96 avec 0,03 à 1 W selon la taille (0402, 0603, 0805). Ces valeurs se mémorisent d'emblée : 220 Ω et 330 Ω pour les LED, 1 kΩ aux commandes de transistors, 4,7 kΩ et 10 kΩ aux pull-up, 100 Ω aux sorties d'amplis, 0,1 Ω en shunt de mesure de courant.

TypeTolérancesPuissancesOù on la croise
Couche de carbone (film sur céramique)5 %, 10 %0,25 à 2 Wkits, bricolage
Film métallique (alliage Ni-Cr)1 %, 0,5 %0,125 à 1 Wà broches, moderne
Fil bobiné (Ni-Cr, céramique)1 à 10 %1 à 50 Walimentations, charges
CMS (0402 à 2512)1 à 5 %0,03 à 1 Wtoute carte de production
Potentiomètre / trimmer10 à 20 %0,05 à 2 Wvolume, réglages

Le potentiomètre mérite son mot d'honneur : un curseur mobile coupe la résistance en deux et fait du tronçon aval un pont diviseur réglable en continu — c'est le volume d'une enceinte, en piste souvent logarithmique pour suivre l'oreille. D'autres varient volontairement avec la température : les thermistances CTN (la valeur tombe quand il chauffe) et CTP (elle monte), employées comme sondes et compensations — une page de la couche 4 leur appartient (les thermistances).

Prix : de 0,01 à 0,10 euro l'unité selon la boutique ; les trimmers coûtent quelques dizaines de centimes, les potentiomètres 1 à 5 euros. C'est le composant le moins cher de l'électronique, d'où les rivières de pastilles sur les cartes.

4. Exemple pratique

Le montage roi, refait mille fois : allumer une LED sans la tuer. La LED rouge s'éclaire à environ 2 V et ne tolère pas d'aller au-delà de 20 mA — au-delà, elle flambe puis se meurt. Entre elle et les 5 V d'une prise USB, une résistance série met le courant au pas.

Exercice résolu — la résistance série d'une LED

Données : alimentation 5 V ; LED rouge : chute 2 V, courant voulu 20 mA.

  1. La chute à absorber : la LED fixe 2 V sur elle ; il reste 5 − 2 = 3 V pour la résistance.
  2. Loi d'Ohm sur la résistance : le courant voulu (20 mA = 0,020 A) la traverse tout entière.
R = (5 − 2) / 0,020 = 150 Ω
Chute de tension résiduelle divisée par le courant voulu.
  1. Normaliser au-dessus : 150 Ω existe en E12 (la ligne 15 multipliée par 10), mais il laisserait passer exactement 20 mA, pile à la limite. On prend la valeur E12 immédiatement supérieure, 180 Ω : courant 3 / 180 = 16,7 mA, éclairement quasi identique, vieillissement préservé.
  2. Vérifier la puissance : P = R × I² = 150 × 0,0004 = 60 mW (environ 50 mW avec les 16,7 mA des 180 Ω). Le classique quart de watt (250 mW) encaisse cinq fois la charge. Pour une LED bleue ou blanche (chute 3 V), le calcul donne 100 Ω et 120 Ω fournit la marge.

Avant les ponts, exercez-vous : le décodeur ci-dessous rejoue la lecture des quatre bandes avec les couleurs du tableau et affiche la valeur et les bornes de sa tolérance. Le réglage par défaut restitue le 4,7 kΩ ± 5 % ; essayez la 1 kΩ (marron, noir, rouge, or), la 220 Ω (rouge, rouge, marron, or), puis l'excentrique 0,47 Ω (jaune, violet, multiplicateur argent, tolérance or).

InteractifDécodeur du code couleur — 4 bandes
b1 = 4b2 = 7×100±5 %

4,7 kΩ ± 5 %

Bornes de la valeur réelle : 4,465 kΩ à 4,935 kΩ

Repère de lecture : la bande de tolérance (or, argent) reste à droite, souvent légèrement à l'écart du groupe.

Exercice résolu — un pont diviseur pour passer de 9 V à 5 V

Besoin : alimenter une petite carte 5 V depuis une pile 9 V. Le pont diviseur découpe la tension avec deux résistances en série, sortie prise au point médian.

Us = Ue × R2 / (R1 + R2)
La tension du bas du pont rapporte sa fraction à l'ensemble.
  1. Le rapport exigé : Us / Ue = 5 / 9 = 0,556. Avec 10 kΩ en haut : R2 = R1 × Us / (Ue − Us) = 10 × 5 / 4 = 12,5 kΩ, et la sortie tombe juste sur 5,00 V.
  2. Normaliser : 12,5 kΩ n'existe pas (l'E12 saute de 12 à 15). Avec 12 kΩ en bas : Us = 9 × 12 / 22 = 4,91 V (erreur de 1,8 %). Mieux : changer de couple — 8,2 kΩ en haut, 10 kΩ en bas donne 9 × 10 / 18,2 = 4,94 V (erreur de 1,1 %), deux valeurs E12. En E24, 10 kΩ + 13 kΩ ferait 5,09 V.
  3. Le prix du pont : le couple 8,2 k / 10 k laisse couler 9 / 18 200 = 0,49 mA en continu, que la carte consomme ou non. Basses valeurs : point médian rigide mais gaspillage ; hautes valeurs : économes mais pont mou.
  4. Le piège : la charge branchée sur la sortie rejoint le bas du pont. Une carte qui se comporte comme un 10 kΩ met le bas en parallèle (10 kΩ // 10 kΩ = 5 kΩ) : la sortie tombe à 9 × 5 / (8,2 + 5) = 3,4 V, la carte s'arrête net. Règle d'usage : courant du pont de dix à vingt fois celui de la charge, ou régulateur linéaire pour alimenter une carte ; le pont garde la place des références et des courants faibles, complété d'un suiveur à ampli-op (couche 4).

5. Vérifier sa compréhension

Réfléchissez avant de dérouler les réponses.

  1. Quatre bandes : marron, noir, rouge, or. Valeur et tolérance ?
  2. Pourquoi pose-t-on 180 Ω plutôt que les 150 Ω du calcul de la LED ? Et qu'aurait produit un arrondi en dessous, 120 Ω ?
  3. Deux résistances de 100 Ω en parallèle : quelle valeur ? Et trois ?
  4. Une résistance 1 kΩ branchée entre 12 V et la masse : quelle puissance dissipée, et le quart de watt fait-il l'affaire ?
  5. Un CMS porte l'inscription 472, un autre 4R7 : quelles valeurs ?

6. Pour aller plus loin

  • IEC 60063 — « Valeurs de base des résistances et condensateurs » : le standard des séries de valeurs E3, E6, E12, E24, E96, sur le catalogue de l'IEC.
  • IEC 60115 (série) — « Résistances fixes utilisées en électronique » : essais, tolérances et codage (couleur, numérique) des résistances à film, chez l'IEC.
  • Vishay — notes d'application et datasheets détaillées (dérive thermique, coefficients de température), sur vishay.com.
  • Yageo — datasheets des gammes à broches et CMS, sur yageo.com.
  • EE Power — « Resistor Guide », manuel en ligne sur constructions, séries et montages, sur eepower.com.

Prochaine leçon dans la descente : Moteurs à courant continu (couche 2)