Haut-parleurs
Le haut-parleur (en anglais loudspeaker, ou speaker pour le transducteur seul ; le mot de l'iceberg : SPEAKERS) est la bête de charge finale de la chaîne audio : après l'ampli, c'est lui qui transforme la tension en pression d'air, donc en son. C'est l'inverse exact du microphone — et un moteur électrique linéaire en miniature, où une bobine mobile se déplace dans le champ d'un aimant. Cette page explique ce moteur (bobine, aimant, membrane, suspensions), ses chiffres de datasheet (impédance, Fs, sensibilité), le découpage woofer/médium/tweeter, les coffrets et le couplage à l'ampli, watts menteurs compris.
1. C'est quoi ?
Un haut-parleur est un transducteur électroacoustique : il convertit une tension variable en mouvement mécanique, puis ce mouvement en variation de pression de l'air. Il est passif : deux fils suffisent, aucune alimentation, aucun réglage interne — branché sur la sortie d'un ampli, il convertit par la physique seule.
C'est l'inverse exact du microphone : le micro transforme la pression de l'air en tension, le haut-parleur fait le chemin opposé, avec la même matière (membrane, bobine, aimant) à des calibres inversés — quelques milligrammes déplacés par le souffle d'une voix, des grammes entiers par la force de l'ampli.
Le cœur de l'appareil est un moteur linéaire en miniature : une bobine de fil de cuivre émaillé — la même matière que les bobines de la même couche — plongée dans le champ d'un aimant permanent. Quand un courant la traverse, elle est poussée dans l'entrefente de l'aimant, comme un moteur, mais en va-et-vient : la membrane recopiée vibre des dizaines de milliers de fois par seconde.
On en croise partout, à toutes les échelles : l'émetteur de quelques millimètres d'un smartphone, les double-coques de la TV, les 16 cm de la voiture, les 25 cm d'une enceinte de salon, les 38 cm d'un caisson de graves, les cornes de sono des stades.
2. Comment ça marche ?
Le châssis (panier) tient le tout ; le cône, retenu à son pourtour par la suspension périphérique, porte la bobine mobile, collée à son sommet, qui plonge dans l'entrefente — le jeu de quelques dixièmes de millimètre entre noyau central et plaque polaire. La suspension arrière (le spider, ondulé) recentre la bobine tout en la laissant battre ; le cache-poussière la protège, deux bornes amènent le signal.
La physique tient en une loi : la force de Laplace. Un fil parcouru par un courant et plongé dans un champ magnétique subit une force perpendiculaire aux deux.
F = B × I × LOrdre de grandeur : un woofer de 25 cm offre B ≈ 0,8 T et une dizaine de mètres de fil dans l'entrefente ; à 1 A, F = 8 N — 27 fois la pesanteur en accélération pour une masse mobile de 30 g, et l'ampli pousse bien plus d'un ampère. Le signal étant alternatif, la force s'inverse à chaque alternance : la membrane oscille 20 fois par seconde dans le grave, 20 000 fois dans l'aigu.
Premier chiffre de datasheet : la fréquence de résonance Fs. Masse mobile et
raideur des suspensions forment un système masse-ressort qui résonne à
Fs = (1/2π) √(k/m) — vers 30 Hz pour un woofer (masse lourde, suspensions souples),
vers 1 kHz pour un tweeter (membrane toute légère). Autour de Fs, la membrane s'agite
toute seule : le comportement se dérègle en premier.
Deuxième chiffre : l'impédance. L'étiquette annonce 4 Ω ou 8 Ω — une valeur de commerce, pas une mesure : à Fs l'impédance réelle culmine à un pic (souvent le double du nominal), elle creuse sous le nominal dans le médium-bas, puis remonte dans les aigus à cause de l'inductance de la bobine, comme sur une vraie bobine. En continu, un 8 Ω se mesure autour de 5 à 6,5 Ω.
Troisième chiffre : la sensibilité, notée dB/W/m — le niveau sonore à 1 m pour 1 watt. Les valeurs courantes : 85 à 90 dB. L'échelle étant logarithmique, chaque gain de 3 dB exige de doubler la puissance ; la distance joue pareil, chaque doublement de distance retirant 6 dB en champ libre (20 log₁₀(2) ≈ 6 dB).
SPL = S + 10 log₁₀(P) − 20 log₁₀(d)Aucun transducteur ne couvre honnêtement 20 Hz à 20 kHz : un grand cône est trop lourd pour l'aigu, un dôme minuscule incapable de pousser le grave. D'où les trois familles, réparties par un filtre (le crossover) à base de condensateurs et de bobines :
| Transducteur | Diamètre usuel | Fs typique | Sensibilité | Bande utile | Rôle |
|---|---|---|---|---|---|
| Woofer (grave) | 17 à 30 cm | 25 à 45 Hz | 86 à 90 dB | 40 Hz à 2 kHz | graves, assise du son |
| Médium | 10 à 17 cm | 80 à 200 Hz | 87 à 90 dB | 300 Hz à 5 kHz | voix et mélodie |
| Tweeter (dôme) | 2 à 2,5 cm | 600 à 1 200 Hz | 88 à 92 dB | 2,5 à 20 kHz | aigus, brillance |
Reste le coffret : une membrane nue rayonne mal le grave, l'onde arrière — en opposition de phase — annulant l'onde avant dès que la longueur d'onde dépasse le baffle. Le coffret clos supprime ce court-circuit acoustique : l'air emprisonné fait ressort, le grave devient net mais moins profond. Le bass-reflex ajoute un évent accordé sur Fs : l'onde arrière ressort en phase et renforce le grave, au prix d'un calcul délicat — celui des paramètres de Thiele et Small cités en fin de page.
3. Dans le vrai monde

Les valeurs normales du marché se lisent vite : impédance nominale 4 Ω ou 8 Ω (le 6 Ω récent brouille les règles), puissance admise de 10 à 150 W RMS en domestique, sensibilité de 85 à 90 dB/W/m, Fs de 30 Hz pour un woofer de 25 cm à 1 000 Hz pour un tweeter. La sono pousse tout d'un cran : 96 à 103 dB et des centaines de watts.
Avant d'acheter, il faut savoir trier les chiffres :
| Gamme | Où on la croise | Prix indicatif par transducteur | Points clés |
|---|---|---|---|
| Universel | radio-réveil, TV, jouets | 2 à 8 euros | papier léger, petit aimant, sensibilité médiocre |
| Hi-Fi sérieuse | enceintes d'artisan, kits (Seas, Scan-Speak) | 40 à 300 euros | mesures complètes, membranes travaillées |
| Sono professionnelle | sonorisation, amplis de guitare (B&C, RCF) | 80 à 500 euros | fort rendement, gros aimant, forte puissance |
Deux précautions de manipulation. D'abord les aimants : les gros transducteurs au néodyme pincent les doigts contre le châssis et saturent une carte bancaire laissée à côté — on les manipule loin des objets sensibles. Ensuite la polarité : les bornes sont marquées plus et moins ; inverser les fils d'un des deux transducteurs stéréo ne casse rien, mais les graves se retrouvent en opposition de phase et s'annulent — on perd l'assise du son sans savoir pourquoi. Le test à la pile ci-dessous tranche le doute en dix secondes.
4. Exemple pratique
Mesurer un transducteur à la maison
Trois gestes à connaître :
- Au multimètre, en ohms : un 8 Ω nominal affiche en continu environ 5 à 6,5 Ω (0,7 fois le nominal), un 4 Ω environ 2,5 à 3,5 Ω. Zéro ohm : bobine en court-circuit ; infini : bobine coupée.
- À la pile 1,5 V : toucher brièvement les bornes. La membrane saute d'un côté et revient ; la borne reliée au plus de la pile quand la membrane avance est le plus du transducteur — le test de polarité des installateurs.
- À la main : pression légère du doigt au centre — tout frottement signale un spider décollé ou de la poussière dans l'entrefente.
Le comparateur de niveaux
Le visuel ci-dessous met en scène les trois familles. Jouez sur la puissance (0,001 à 100 W, échelle logarithmique) et sur la distance : le cadran donne le niveau ressenti, la courbe la réponse en fréquence de chacun avec son point d'écoute.
Niveau ressenti : concert rock — woofer 93 dB, médium 92 dB, tweeter 94 dB.
Calcul : sensibilité + 10 log₁₀(P) − 20 log₁₀(d), avec P = 10 W et d = 2 m.
Puissance de 0,001 à 100 W sur une échelle logarithmique. Le niveau ressenti est estimé sur le médium, l'oreille étant la plus sensible entre 500 Hz et 5 kHz. Les courbes et les creux de recouvrement sont volontairement simplifiés.
Exercice résolu — le niveau d'une enceinte de salon
Une enceinte de 88 dB/W/m reçoit 8 W d'un ampli. On écoute à 4 m. Quel niveau entend-on ?
- Niveau à 1 m : le terme de puissance vaut 10 log₁₀(8) ≈ 9 dB, donc SPL = 88 + 9 = 97 dB à 1 m — un passage de film musclé.
- Niveau à 4 m : le terme de distance vaut 20 log₁₀(4) ≈ 12 dB, donc SPL = 97 − 12 = 85 dB — confortable dans un salon.
- Sens de la remarque : pour garder 97 dB à 4 m, il faudrait 128 W, soit 16 fois plus — +3 dB de sensibilité valent 56 W de moins sur le compte de l'ampli.
Exercice résolu — 15 V RMS : combien de watts dans l'enceinte ?
Un ampli délivre au maximum 15 V RMS. Que vaut la puissance réelle dans une enceinte
de 4 Ω, puis de 8 Ω ? La formule qui gouverne est P = U² / R : l'ampli impose une
tension, l'impédance décide du courant donc de la puissance.
- Dans 4 Ω : P = 15² / 4 = 225 / 4 ≈ 56 W. Dans 8 Ω : P = 225 / 8 ≈ 28 W. Doubler l'impédance divise la puissance par deux — raison pour laquelle une enceinte 4 Ω paraît souvent « plus à l'aise » sur le même ampli.
- La limite à respecter : ne jamais descendre sous l'impédance minimale de l'ampli (gravée dans sa notice, souvent 4 Ω). Sous cette valeur, le courant dépasse ce que les transistors de puissance de l'étage final peuvent évacuer (voir transistors) : ils chauffent, la protection coupe, ou ils meurent.
- Et le courant dans les fils : dans 4 Ω à 56 W circulent I = √(P/R) ≈ 3,7 A. Sur un câble de 0,75 mm² de 3 m (0,14 Ω aller-retour), la chute vaut 3,7 × 0,14 ≈ 0,5 V, soit 3 % : ici le courant reste faible, la chute reste marginale — la logique est celle des câbles d'alimentation de la couche 1. Elle devient une vraie question sur un caisson de 300 W dans 2 Ω, où le courant triple.
5. Vérifier sa compréhension
Réfléchissez avant de dérouler les réponses.
- Pourquoi dit-on du haut-parleur qu'il est un « moteur linéaire en miniature », et quel composant de la même couche partage sa matière première ?
- Un transducteur étiqueté 8 Ω mesure 5,4 Ω en continu au multimètre. Est-il défectueux, et pourquoi la mesure ne tombe-t-elle pas sur 8 Ω ?
- Une enceinte passe de 85 à 88 dB/W/m de sensibilité. Que gagne l'ampli, en langage de puissance, pour le même niveau sonore ?
- À la fréquence de résonance Fs, que fait l'impédance réelle d'un woofer — et où se cache en réalité le danger de surcharge pour l'ampli ?
- Un mini-caisson annonce « 500 W musicaux » ; un autre « 40 W RMS, 89 dB/W/m ». Lequel produira le plus de niveau, et quel chiffre lire en priorité ?
6. Pour aller plus loin
- IEC 60268-5 — « Sound system equipment. Loudspeakers » : la norme de l'impédance, de la sensibilité et des puissances d'essai, sur le catalogue de l'IEC.
- Seas — datasheets complètes (Fs, Qts, Xmax, courbes d'impédance et de SPL), sur seas.no.
- Scan-Speak — datasheets des transducteurs hi-fi de référence avec toutes les courbes, sur scan-speak.dk.
- B&C Speakers — transducteurs de sono italienne et fiches techniques détaillées, sur bc-speakers.com.
- A.N. Thiele et R.H. Small — articles fondateurs du Journal of the Audio Engineering Society (1971-1973), à l'origine des paramètres TS et du calcul moderne des coffrets, chez l'AES.
Prochaine leçon dans la descente : Potentiomètres (couche 3)